COMPTE RENDU DU COMITÉ CONSULTATIF DES JEUNES DES 30 ET 31 MAI 2009
Comité Consultatif des Jeunes des 30 et 31 mai 2009
Réunis par un magnifique soleil de fin de printemps, les 20 membres du Comité Consultatif des Jeunes de la Défenseure des enfants se retrouvent avec la complicité dune famille ... Recomposée
De Marseille, Lorient, Maubeuge, Strasbourg, Chambéry, Périgueux, Lyon, Poitiers, sans oublier Paris, Saint-Denis, Orsay, Ris-Orangis et Chatenay-Malabry, ils sont venusĀ ; ils sont tous là pour un week-end de réflexion particulièrement dense. Samedi après-midi ils dialogueront avec Nicolas Hulot sur le futur de la planète dans laquelle ils grandiront, et dimanche matin ils prépareront avec ATD Quart Monde le prochain Forum de Parole aux Jeunes consacré à la précarité.
Nous débutons notre programme par un tour dhorizon des Forum Parole aux Jeunes auxquels ont participé certains C2J. Il se dégage des constatations communes à tous les thèmes traités, et pour toutes les villes qui les ont hébergés. Que ce soit à Rennes pour la Santé, à Lyon pour les rapports à Internet, à Strasbourg sur les discriminations, à Saint Denis de la Réunion concernant les questions de violences et Paris sur le droit à lExpression et la Participation, les quelques 150 enfants participant de chaque ont tous exprimé
Samedi après-midi, rencontre avec Nicolas Hulot :
Dans quel monde vivons-nous ?
Le changement de Société qui sannonce est à comparer à celui qua apporté la Révolution industrielle. Mais en sens inverse. Au 19ème siècle on découvrait lénergie, les villes, le développement semblait infini. Aujourdhui on prend conscience des ressources limitées de la planète, de la nécessité de les préserver pour survivre. Donc bouleverser notre comportement.
Enthousiasmés par leur invité, les C2J nen expriment pas moins leurs doutes sur la mise en &oeliguvre des décisions prises lors des différents sommets, réunions et autres conférences.
Même lucidité sur la résistance des humains au changement.
Lhomme est conservateur par nature ; or, il faut quil change, pour sadapter ... disparaitre.
Seules les normes, les contraintes décidées par les politiques, peuvent modifier son comportement.
Pendant les deux heures déchange avec les C2J, Nicolas Hulot insistera sur lurgence des mesures à prendre, le pouvoir de lopinion publique à contraindre les politiques à agir, la nécessaire dimension planétaire des actions à entreprendre, la prise de conscience du changement de vie déclenché par le réchauffement climatique ; conséquences politiques, économiques, sociales, sociologiques. On passera « dune croissance quantitative à une croissance qualitative. »
Un exemple de géopolitique proposé : si lindustrie automobile américaine avait développé la production de voitures écologiques, les Etats Unis auraient été moins dépendants du pétrole du Moyen Orient, nauraient pas eu besoin de déclencher une guerre pour sécuriser son approvisionnement en pétrole ... et en conséquence, des dizaines de milliers de morts évitées.
Lorsque les Jeunes doutent du charme dune vie à la bougie et en calèche, Nicolas Hulot répond « Lécologie, cest pas la cabane au fond du jardin ! cest éviter dy retourner. Si on ne préserve pas les ressources de la planètes, la pénurie qui sen suivra montrera le vrai visage de la barbarie. »
Violences pour laccès aux biens vitaux, migrations de réfugiés climatiques. Doù la nécessité de respecter une consommation limitée - comme on respecte la vitesse limitée par le code ; et de le faire, tant quil est encore possible dagir dans un cadre démocratique - par la loi, et pas dans lanarchie.
Face à ce cri dalarme, les 14-18 ans répondent :
On est écrasés par le catastrophisme quon nous impose, alors quon na pas encore 20 ans. Moi jy suis pour rien. Si cest foutu... alors pourquoi se priverĀ !
Ils proposent de développer léducation à lécologie dans le cadre scolaire, à limage de ce qui a été fait sur les risques de lalcool, du tabac et de la drogue.
Rapprocher les enfants de la nature, consommer des produits locaux, en saison. Passer par eux, les enfants, pour éduquer les familles.
Cette rencontre a mis en lumière le presque fossé qui existe entre les adolescents et les adultes. Quand les Jeunes proposent d éduquer, ladulte répond on na plus le temps déduquer, il faut contraindre.
Dimanche matin, rencontre avec Marlène Jourdan dATD Quart Monde.
Même gravité, mêmes constatations : la nécessité de la solidarité. Comme pour la préservation de la planète, cest la solidarité qui permet daccompagner ceux qui vivent dans la précarité.
La précarité, que les C2J définissent comme une absence davenir, de projet. Qui fait que lon vit dans la crainte permanente. La précarité qui envahit notre société ; ce nest plus un danger éloigné ; elle se généralise et nous concerne chacun, plus ou moins douloureusement. On nest pas sûr de trouver un emploi, si on en a un on nest pas sûr de le garder ; de même pour un logement ; nos grand parents vivent vivent leur fin de vie dans lincertitude des fins de mois.
Parfois, on peut même trouver quun salarié est plus précaire quun chômeur ; quand celui-ci est assuré de recevoir son indemnité de fin de mois, le premier vit dans langoisse de perdre son boulot.
Mais la précarité, ce nest pas que de léconomie. Cest aussi lexclusion. La honte.
La précarité, cest la double peine.
Par exemple, les enfants de familles précaires arrivent plus tôt à lécole, restent plus tard pour bénéficier de soutien scolaire. Ils nont pas de livres chez eux, et ne connaîtront pas ainsi le plaisir de la lecture. Sils sont malades ils ne peuvent même pas rester chez eux, car leurs parents ne peuvent rester à la maison pour les garder - de peur de perdre leur emploi. La double peine.
Les C2J constatent par ailleurs que lascenseur social ne fonctionne plus comme pour les générations précédentes. Léducation, le diplôme, ne suffisent plus pour obtenir un poste ; aujourdhui il faut être filou, il faut du piston pour trouver un stage ; et puis quand on ne sait pas rédiger une lettre de candidature, quand on ne sait pas se présenter à un entretien, on est doublement handicapé. Sans parler de la honte, lhumiliation transmises par la famille.
Ils concluront la matinée par une constatation : si la précarité se généralise cest en partie parce que notre société se déshumanise.
Retrouver le sens de lhumain, de la solidarité.
Nous nous quitterons sur cet engagement.
Si tes droits ne sont pas respectés, contacte directement la Défenseure des enfants
104, boulevard Auguste Blanqui
75013 Paris