COMPTE RENDU DU COMITÉ CONSULTATIF DES JEUNES DU 17 ET 18 MAI 2008
C2J : Un nouveau week-end sous le signe de la réflexion intensive !
Les 17 et 18 mai derniers, le comité consultatif des jeunes de la Défenseure des enfants a planché avec beaucoup de sérieux (et bonne humeur !) sur des sujets dactualité pointus et polémiques: révision de lordonnance de 45, incarcération des mineurs, vidéosurveillances et nanotechnologies... Anne-Sophie, membre du C2J, nous fait revivre les temps forts de cette deuxième rencontre de lannée 2008.
Avant toute chose, Anne-Sophie, quelques mots sur le C2J...
Nous sommes 20 et avons entre 12 et 18 ans. Nous venons de Paris, Le Mans, Valence, Brest, Marnay, Bagnolet, Marseille, Orsay, Périgueux, Clichy-sous-bois ou encore Orléans. Nous sommes au collège, au lycée (public ou privé), en apprentissage, et même au lycée de la Légion dhonneur... Nous vivons en famille (« biologique » ou daccueil), en foyer ou en internat.
Invités deux fois par an à Paris par la Défenseure des enfants en personne, nous rencontrons différents intervenants avec lesquels nous débattons sur les questions des droits des enfants. Nous avons aussi un forum, modéré par Caroline Wilson, responsable du C2J, sur lequel nous discutons dune multitude de questions, comme (en ce moment) : « Majeur mais dépendant, Mineur mais responsable », « Informatique et Libertés », « La famille » ou encore « Léducation »...
Merci... et maintenant, suivons le guide !
Samedi 17 mai
5h50 : le réveil sonne. Un dernier tour sur le forum du Comité Consultatif, sur le site de la Défenseure des Enfants et en route pour la gare de Périgueux (Dordogne)!
Midi : Jarrive à Paris (enfin !...)
14h30 : Après nos retrouvailles dans un restaurant du 13e arrondissement, nous allons au FIAP, là où vont se dérouler nos réunions (et là où nous dormons. Pratique !).
15h : La séance de travail est ouverte. Les réunions commencent. Dominique Versini arrive. Elle revient des Antilles. En effet, lors de notre dernière réunion en janvier, nous lavions beaucoup encouragée à mettre en place des forums partout en France, avec les jeunes de collèges et lycées, afin de faire connaître lInstitution et de leur donner la parole sur tout ce qui leur tient à cœur. La Défenseure a ainsi organisé une grande consultation nationale « Parole aux jeunes » pour que les moins de 18 ans sexpriment et fassent des propositions pour faire évoluer leurs droits. Le premier forum a eu lieu à Fort de France le 14 mai. 150 collégiens et lycéens de Martinique ont débattu en ateliers de travail autour du thème de léducation. Ils ont, par exemple, demandé que lorientation scolaire soit faite plus tôt, avec des stages obligatoires, que le soutien scolaire se développe, que les formations professionnelles soient mieux valorisées, etc.
Des propositions que Dominique Versini proposera au Président de la République dans son « Grand Livre dor de la Parole des jeunes » le 20 novembre de 2009, à loccasion du vingtième anniversaire de la Convention internationale des droits de lenfant.
17h : Pause café (méritée !). Puis nous nous retrouvons dans la salle de travail pour échanger avec Hugues Feltesse, délégué général de linstitution, autour du thème du forum suivant : parole aux jeunes sur la famille...
Nous parlons du problème de leffet de seuil, cest-à-dire de lâge à partir duquel on peut demander son avis à un enfant (sur la nouvelle organisation de sa vie si ses parents divorcent par exemple). Le C2J est consulté sur de nombreuses questions comme : « doit-on juger un mineur de 8 ans comme un mineur de 17 ans ? » Ou « être parents, ça sapprend ? » Sur ce dernier sujet, les avis divergent. Pour certains, on imite toujours ses parents, pour dautres être parent est « inné », « instinctif ». Pour dautres encore, il faut conseiller les parents et proposer des thérapies de groupe, tout au long de la vie de lenfant.
Dominique Versini, Hugues Feltesse et Caroline Wilson nous ont écoutés avec attention, et vont donc (nous lespérons) intégrer nos idées dans le prochain rapport !
Dimanche 18 mai 2008
9h10 : Aujourdhui, nous retrouvons Dominique Versini, Caroline Wilson, Hugues Feltesse, et une nouvelle venue, Karine Métayer, responsable du pôle « enfance, jeunesse, famille » à lUNIOPSS (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux). Elle soccupe, entre autres, de la protection de lenfance et de la jeunesse. Karine Métayer nous explique quen ce moment, beaucoup de lois fleurissent dans le paysage français...
Le sujet daujourdhui : la justice des mineurs. Nous en avions déjà beaucoup parlé depuis presque un an sur le forum. Le gouvernement prévoit de faire passer de nouvelles lois, et de réformer les droits des mineurs en matière de justice.
Petite explication : lordonnance de 1945 définit clairement la primauté de léducatif sur le répressif. Mais le gouvernement veut la réformer complètement ! Il envisage notamment de revoir la minorité pénale. Un exemple parmi dautres : aujourdhui, quand un mineur commet un crime, il risque la prison ferme à partir de 13 ans. La réforme nexclut pas dabaisser cet âge à 10 ans. Autre exemple : lexcuse atténuante de la minorité (qui réduit de moitié les peines dun mineur par rapport à un adulte) serait de moins en moins appliquée... Le débat a été vif et douloureux pour certains. Un des jeunes du Comité témoigne « La prison, pour moi, ça a réellement été lécole du crime, ce nest pas quune expression, cest pire que tout, on en ressort pire quavant ». Un autre nous explique quil a été en maison de réinsertion, avec une quinzaine dautres jeunes de son âge, et que ça la remis dans le « droit chemin ». Il a été encadré par les éducateurs et il en est ressorti grandi. En tous cas, pour nous, ça ne fait pas de doute et on a le même point de vue : les prisons, ça apprend à détester, ça fournit tous les réseaux de drogues imaginables, alors que les maisons déducation et de réinsertion sont de vraies opportunités pour les jeunes.
Le débat terminé, nous nous retrouvons en dehors de la salle... Lindignation est au rendez vous. Ambiance : « Vous y croyez... Des gamins de CM1 emprisonnés? », « Timagines, le gosse a 10 ans, il est en taule, mais en sortant, il pète un câble, il tue tout le monde ! ». Mais il y a toujours les optimistes ...« Mais non, il a été en prison, ça aura été tellement dur quil sera sage pour pas y revenir, tu crois pas ?»... « Alors toi, tu vis enfermé dans ta bulle, réveille toi un peu ... ! »
10h45 : Cette fois cest Alex Türk, le Président de la CNIL (Commission Nationale Informatique et libertés), qui nous rejoint. Le sujet qui nous est proposé : la société, le citoyen, et la liberté informatique. Mr Türk nous impressionne un peu au départ, cest quand même un ancien prof de la fac de droit, et surtout un Sénateur ! Mais au bout de quelques minutes, on commence à se sentir à laise, et le débat peut commencer.
Il nous explique que le problème vient des parlementaires, qui ne sont pas conscients des enjeux de linformatique, mais aussi des jeunes, qui, malgré leur intuition des dangers possibles du Net, nont pas le libre arbitre nécessaire pour se protéger.
Le rôle de la CNIL est avant tout de réguler le développement de linformatique. Mr Türk nous met en garde contre la société, qui daprès lui, sera totalement numérique dici 2010 à 2015. Les yeux écarquillés, on ny croit pas vraiment.
Il nous explique également les problèmes dévolution spatiale et temporelle de notre société. En effet, de nos jours, avec le développement de la biométrie, les vidéos surveillances et la géolocalisation, on est constamment repérables dans lespace, où que nous soyons. De plus, avec les moteurs de recherche, les réseaux sociaux (Facebook par exemple), il y a perte du droit à loubli, et on est, au niveau du temps, toujours exposé aux contrôles...
Le développement des nanotechnologies nous a aussi effrayés, car cest un système dinformation non visible, même avec un simple microscope, et que lon pourrait avoir en nous sans le savoir. Cest quelque chose que lon ne peut même pas maîtriser.
On a parlé daliénation, de perte des libertés de circulation (à cause des caméras, des portables, des cartes bancaires ou didentité), et de la perte de liberté dexpression (car ce quon écrit sur Internet peut se retourner contre nous lors dentretiens dembauche ou autre par exemple).
Et lorsque lun dentre nous a voulu faire lavocat du diable en disant que « si on na rien à cacher, cest pas gênant », Mr Türk lui a opposé que « même si on ne commet pas de délit, il nest pas nécessaire que le gouvernement (par exemple) connaisse notre vie personnelle ! »
Le sénateur nous apprend quil y a 3 moyens dêtre reconnu avec la biométrie : par lempreinte digitale, liris, ou la forme de la main ouverte. De plus en plus dabus sont faits de ce coté là. Par exemple, autrefois, il ne suffisait que dune seule empreinte pour faire son passeport biométrique, aujourdhui, on en demande huit !
En ce qui nous concerne, nous sommes opposés, pour la plupart, à ce genre de contrôles. Nous avons proposé de mettre en place des commissions locales Informatiques et Libertés à lintérieur des établissements scolaires, afin dinformer les jeunes des dangers dInternet.
12h45 : Nous sortons de la salle de réunion presque en retard, allons déjeuner tous ensemble au restaurant du FIAP, continuons le débat en petits groupes, et à peine la dernière bouchée avalée, série de bises, et course jusquau métro pour ne pas rater nos trains respectifs.
Finalement, le week-end a été très enrichissant et nous avons appris énormément de choses. Mais nous avons eu limpression de ne pas avoir pu nous exprimer assez, le temps étant trop court. Les sujets se poursuivent maintenant sur notre forum, où nous continuons à débattre jusquà la prochaine rencontre C2J !
Article réalisé par Anne-Sophie, Périgueux, Dordogne, membre du C2J
Comité de lecture : Caroline Wilson, Diane Dorelon
Si tes droits ne sont pas respectés, contacte directement la Défenseure des enfants
104, boulevard Auguste Blanqui
75013 Paris